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Portraits et entretiens de professionnels
Questions à Iguchi Seiichi, Secrétaire général de la Japan Book Publishers Association

Créée en 1957, la Japan Book Publishers Association regroupe près de 450 maisons d’édition. Outre les séminaires professionnels qu’elle organise et les recherches qu’elle effectue dans le champ éditorial, elle est à l’origine de l’outil www.books.or.jp, équivalent de la base Electre française.
 
Jean-Guy Boin : Quelles sont les principales caractéristiques du marché du livre au Japon ?
Iguchi Seiichi : Environ 70% des publications sont distribués par quelques vendeurs grossistes qui couvrent tout le pays. Le système de dépôt-vente permet notamment de garantir aux librairies une grande variété de livres pour garnir leurs rayons. Nous avons un système de prix fixe qui assure aux lecteurs d’acheter leurs livres au même prix partout dans le pays.
La plupart des moyens et grands éditeurs japonais publient à la fois des livres et des périodiques, tous distribués par le même canal. Mais de nombreux éditeurs restent de petites ou moyennes entreprises, et leurs stocks sont rarement comptabilisés sur le marché. C’est pourquoi il y a peu de fusion ou d’acquisition dans l’industrie éditoriale japonaise.
Les livres étrangers sont beaucoup traduits et publiés au Japon. Mais des livres en anglais ou en d’autres langues sont très rares.
 
J.-G. B. : Pensez-vous que le régime japonais du droit d’auteur intervienne positivement dans les relations entre les auteurs et les éditeurs ?
I. S. : Le régime de protection du droit d’auteur est fondamental et nécessaire dans le cadre d’une activité éditoriale. Cependant, il subit fréquemment des exceptions en faveur de l’utilisateur, qui conduiront à une consultation et à une utilisation gratuite des publications. Si on permet une telle situation, il y aura moins de revenu garanti pour les auteurs et les éditeurs, voire plus du tout. La Japan Book Publishers Association (JBPA) se positionne résolument contre toute atteinte au droit d’auteur, en suivant les pratiques de très près. Nous souhaitons être prudents avant d’étudier l’extension de la limitation des droits d’auteur.
Au Japon, dans le cas d’une édition papier, l’auteur et l’éditeur signent un contrat pour une utilisation exclusive de la publication en question. Un nouveau contrat doit donc être établi lorsqu’un e-book avec le même contenu est publié. Il y a encore de la marge pour un examen plus approfondi des possibilités de bonne cohabitation entre le livre papier et l’e-book. Nous recherchons un système idéal qui permettrait un accord entre les éditeurs et les écrivains.
 
J.-G. B. : Comment se répartissent les rôles entre les grands groupes d’édition et les éditeurs indépendants ?
I. S. : Il y a peu de concentration éditoriale au Japon (y compris avec des interventions croisées au plan international). 450 éditeurs sont membres de la JBPA, et ce sont pour la plupart de petits ou moyens éditeurs avec leur propre gouvernance. Bien entendu, les principales grandes entreprises tiennent un rôle important lorsqu’il s’agit d’activités à grande échelle, mais elles respectent la place des petites et moyennes maisons d’édition.
 
J.-G. B. : Qu’en est-il des politiques de réglementation, par exemple pour le prix fixe, ou plus généralement des relations entre les éditeurs japonais et les autorités publiques ? 
• I. S. : Le système du prix fixe (RPMS) s’applique à la plupart des publications. Les sites de librairies  en ligne le respectent également. Notre industrie éditoriale souhaite que ce système soit maintenu afin de protéger les petites et moyennes entreprises contre le discount, tout en assurant la diversité dans l’édition. La Commission pour le respect de la concurrence, quant à elle, déclare que le prix unique n’est pas applicable à l’e-book.
Nous pensons en tout premier lieu que la liberté d’expression et de publication est  essentielle dans l’industrie éditoriale. De ce point de vue, la baisse de la part d’intervention publique (à travers les aides) serait le mieux pour une production éditoriale « saine ».
 
J.-G. B. : Quel partenariat imaginer entre les éditeurs japonais et français ? Comment pourrions-nous le développer ?  
I. S. : Nous ne disposons pas de statistiques officielles sur les livres traduits, mais la balance semble plus orientée en faveur du Japon vers la France. Nous avions une riche variété d’écrivains français au Japon il y a quelque temps encore. Cependant, aujourd’hui,  il y a place pour de nouveaux titres en traduction.
Par ailleurs, la majorité des livres japonais traduits en France se concentre sur le manga, la littérature et le livre de jeunesse. Nous avons d’autres genres de livres qui peuvent être traduits. Les échanges ont commencé avec le Salon du livre de 1997, où nous étions les Invités d’honneur, et se sont poursuivis en 1998 avec l’Année de la France au Salon du livre international de Tokyo (TIBF). Ce type d’interactions et d’échanges ne peut être que bénéfique pour un enrichissement commun. Nous espérons que cette seconde participation en tant qu’Invité d’honneur, cette année, sera l’occasion de renforcer encore plus les relations entre nos deux pays.
 -  avr. 2012
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