Le Billet de New York, les auteurs français de polars cherchent leur place
Le 7 novembre, à la Maison Française de New York University, la French Publishers’ Agency a organisé un colloque intitulé "French Noir: Whodunit and Who’s Next?"
À l’affiche : Antoine Bello, auteur français ; Josh Kendall, Senior Editor chez Viking Penguin ; Aurélie Laure, directrice des droits étrangers pour Univers Poche ; Aurélien Masson, directeur éditorial de « La Noire » chez Gallimard et Jason Starr, auteur américain. Le modérateur, Donald Nicholson-Smith, est le traducteur, entre autres, de Jean-Patrick Manchette et Thierry Jonquet.
Aurélie Laure, forte de sa cession récente à Penguin des droits de traduction pour la langue anglaise du titre Le syndrome E de Franck Thilliez, a mis l’accent sur la nécessité absolue d’avoir un extrait de traduction à proposer aux éditeurs anglophones. C’est d’ailleurs avec cent pages traduites de cet ouvrage que Joshua Kendall a pu convaincre ses supérieurs d’acheter non seulement un mais deux livres de son auteur, après des enchères et pas pour la moindre des sommes. La publication du Syndrome E, traduit par Mark Polizzotti, est prévue pour l’automne 2012.
Pour Aurélien Masson, c’est la différence entre ce que cherchent lecteurs français et américains qui explique deux approches éditoriales distinctes. À Francfort par exemple, a-t-il expliqué, les Américains vendent leurs thrillers comme des produits faits à la chaîne, en parlant souvent de « series ». Si les lecteurs français, eux, cherchent davantage dans le roman noir une ambiance, le portrait d’un lieu, qui leur permettent de voyager à travers la lecture, la majorité des lecteurs américains, à en croire la liste de best-sellers, est plus intéressée par le portrait psychologique du (des) protagoniste(s).
Jason Starr, auteur de thrillers qui se déroulent à New York, a constaté que ses livres se vendent relativement mieux en France (où il est publié par Rivages) et en Allemagne qu’aux États-Unis. Son regret : ne pas pouvoir lire ses collègues français, si peu traduits.
L’auteur de romans policiers français, Antoine Bello, a vu, lui, un de ses livres, Éloge de la pièce manquante, paraître aux États-Unis, chez Harcourt, en 2003. C’est là-bas qu’il réside désormais ; et son dernier livre, Enquête sur la disparition d’Émilie Brunet, figure dans notre catalogue dédié à ce genre.
Qu’en est-il, de façon générale, du livre policier français aux États-Unis ?
Depuis que Baudelaire a traduit Edgar Allan Poe, les Français ont accueilli à bras ouverts les écrivains américains de policiers, thrillers et suspense. Cet accueil n’a pas été réciproque pour les auteurs français du genre. On trouve très peu de littérature “noire” classique française en vente aux États-Unis. Peuvent être inscrits au catalogue de maisons de “reprint” – comme Bibliobazaar, Aegypan Press et Dover – quelques titres d’Émile Gaboriau, Maurice Leblanc et Gaston Leroux. Manchette et Jonquet sont publiés depuis peu.
Quand vous demandez à un Américain de nommer cinq écrivains français de thrillers/noir, ils commencent, comme cela a été le cas à la New York University, par dire Georges Simenon… pas mal, un point pour la Belgique ! On a quand même mentionné Manchette et Jonquet. Mais les noms ne se bousculent pas. Et Donald Nicholson-Smith a expliqué qu’il a loué pendant cinq ans les romans de Jean-Patrick Manchette avant qu’un premier éditeur ne s’y intéresse (City Lights) et que l’intérêt pour Thierry Jonquet s’est amenuisé après Mygale. Pour autant, il continuera son travail de passeur, un rôle que les traducteurs assument plus souvent qu’on ne le croit…
Alors, à quoi avons-nous affaire quand nous parlons de traduction pour ce genre littéraire aux États-Unis ?
Si Stieg Larsson a ouvert aux pays scandinaves une voie pour les thrillers – et pour la traduction littéraire en général –, il n’y a à présent dans la liste des meilleures ventes sur Amazon, catégorie “Mystery and Thriller”, aucun auteur étranger. C’est vrai, Larsson a rencontré un gros succès ici, ainsi que Jo Nesbo et d’autres, mais ils ne dominent néanmoins pas (ou plus, dans le cas de Larsson) les best-sellers. Les noms qu’on y retrouve sont ceux de John Grisham, David Baldacci, Dan Brown, Lee Child, James Patterson, Michael Prescott, Janet Evanovich, John Sanford, entre autres.
Publié en amont du colloque, un catalogue dédié au polar et au thriller, réalisé par la French Publishers’Agency, a été envoyé à plus de 200 éditeurs américains. Parmi les 18 titres, une sélection des ouvrages du fonds ainsi que des nouveautés de la FPA dans ce domaine, d’auteurs tels Martin Winckler, Antonin Varenne, Thomas Reverdy, Marcus Malte, Claudine Monteil, Aline Kiner, Patrick Besson, Guy-Philippe Goldstein, Antoine Bello, Barouk Salamé et Bernard Besson, entre autres.
On peut consulter et télécharger l’intégralité du catalogue sur www.frenchpubagency.com
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Lucinda Karter
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janv. 2012
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De gauche à droite, Aurélien Masson, Jason Starr, Antoine Bello, Donald Nicholson-Smith, Aurélie Laure et Josh Kendall
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La traduction de Mygale de Thierry Jonquet
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Jason Starr traduit chez Rivages
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Eloge de la pièce manquante d'Antoine Bello, traduit chez Harcourt en 2003
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