Questions à Romaric Vinet-Kammerer (Galaade) de retour des rencontres sciences humaines de Beyrouth
BIEF : Quelle était votre démarche en vous inscrivant aux rencontres professionnelles de Beyrouth ?
Romaric Vinet-Kammerer : Le catalogue de Galaade est en partie centré sur le monde méditerranéen et le Moyen-Orient, aussi bien dans sa composante essais que romans. Faire le déplacement à Beyrouth était donc une évidence, d’autant que nous avons publié en 2011 une série d’ouvrages comme le texte d’intervention de l’écrivain palestinien Raja Shehadeh, 2037 – Le grand bouleversement, ou celui de la journaliste et romancière israélienne Avirama Golan, Espoir d’un printemps israélien – À une amie palestinienne, liés au conflit israélo-palestinien et aux révolutions arabes. Le moment était d’ailleurs en lui-même une bonne raison de faire le déplacement : la région est en bouleversement politique, aller cette année à la rencontre des éditeurs arabes était quelque chose d‘important pour nous, afin de faire le point avec eux.
BIEF : Aviez-vous déjà des contacts avec des éditeurs de la région ? Avez-vous identifié des intérêts récurrents pour tel ou tel type d’ouvrage, de projet ?
R. V.-K. : Nous avions un réseau de contacts, mais établi depuis Paris. La liste des contacts diffusée par le BIEF nous a permis de faire des mises à jour. Les rencontres en direct avec les éditeurs du monde arabe nous ont donné l’occasion d’établir de nouveaux contacts et de poser des bases renouvelées de travail.
Les éditeurs mettent souvent l’accent sur le problème du prix du livre, qui doit, étant donné le marché, être bas. Ainsi, une collection comme « Auteur de vue », par exemple, a suscité de l’intérêt de la part de plusieurs interlocuteurs, car ce sont de petits ouvrages.
En termes de contenu, j’ai été surpris d’avoir plusieurs demandes de lecture de l’ouvrage de l’auteure israélienne, Avirama Golan. Je ne sais pas si une traduction en arabe de ce texte verra le jour – je l’espère –, mais les voix alternatives venant d’Israël créent en tout cas de la curiosité chez les éditeurs arabes.
Enfin, c’est assez intéressant de voir à quel point l’éventail de partenariats possibles est large. Certains éditeurs souhaitent acquérir les droits en français pour tout ou partie seulement du monde arabe. D’autres veulent traduire en arabe, là aussi pour un territoire national ou pour toute la langue arabe. D’autres encore cherchent à faire des coéditions ou, en tout cas, à être associés en amont à un projet, de façon – lorsque le titre en question concerne l’actualité immédiate – à sortir un titre en arabe en même temps que la publication en français… Et c’est sans compter avec les possibilités de coéditions entre éditeurs arabes, pour la langue arabe, d’un même titre en traduction, qui ont l’avantage de régler en partie les problèmes de distribution au sein même du monde arabe.
BIEF : C’était votre première participation à une rencontre du BIEF. Quel est l’intérêt, selon vous, d’une présence collective ?
R. V.-K. : Outre les nouveaux contacts avec les éditeurs étrangers et les débats organisés, la logique d’une présence collective est à mon avis très bénéfique : cela crée l’événement et fait exister chaque maison participante, à un moment donné en un lieu donné, de façon valorisante. C’est d’autant plus vrai pour une maison comme Galaade. Nous ne sommes pas toujours identifiés des éditeurs étrangers. Arriver à Beyrouth aux côtés d’autres maisons et dans le cadre d’une action « chapeautée » par une institution comme le BIEF nous donne un statut de partenaire potentiel au regard des éditeurs étrangers.
Ensuite, il y a aussi la dynamique du groupe, le fait de mieux connaître les homologues des autres maisons françaises et d’avoir vécu avec eux les mêmes moments, d’avoir rencontré les mêmes personnes. Ce sont des relations qui – en plus d’être conviviales – sont utiles : chacun pourra renseigner l’autre sur les solutions qu’il a trouvées pour tel ou tel type de projet, avec tel ou tel interlocuteur…
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Propos recueillis par Claire Mauguière
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janv. 2012
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