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Portrait et entretien de professionnels
« Les traductions représentent 10 % du catalogue. Elles viennent pour l’essentiel, par ordre décroissant, des États-Unis et de l’Angleterre, du Japon, de la Corée du Sud, de la France et de l’Allemagne. »
Impressions chinoises : expérience d'une éditrice française dans une maison d'édition pékinoise

Marie-José d’Hoop, directrice des droits étrangers aux Belles Lettres, qui apprend le chinois, a passé une quinzaine de jours aux éditions BBT Consulting, filiale pékinoise de la maison d’édition Guangxi Normal University Press (basée dans la province du Guangxi, comme son nom l’indique). Immersion totale, donc, parmi les salariés (seul l’éditeur responsable des droits étrangers est francophone) et dans tous les services, ce qui a permis à Marie-José d’Hoop de confirmer ou d’infirmer certaines impressions qu’elle avait eues lors de ses différentes présences à la Foire internationale du livre de Pékin.

• BIEF : A-t-il été facile de vous intégrer dans cette maison ?
•Marie-José d’Hoop : Depuis la création de BBT Consulting – il y a 9 ans –, jamais aucun étranger n’avait été accueilli dans cette structure. C’était donc une expérience très neuve pour tout le monde. J’avais connu la directrice générale, Mme Liu Ruilin, grâce à l’agent Feng Chen, lors de son passage à Paris. Il y eut une sympathie immédiate. Pendant mon séjour, j’ai été reçue dans sa famille, c’était vraiment chaleureux. À mon tour, j’accueillerai prochainement quelqu’un de BBT Consulting.

• BIEF : Comment définir le catalogue de cette maison ?
• M.-J. d’H. : C’est une maison d’édition d’État, spécialisée dans le contenu académique. Il y a une relative souplesse dans la programmation éditoriale, qui se base surtout sur l’histoire contemporaine. Les autres thèmes exploités sont l’architecture, la philosophie, l’art, le cinéma. La collection phare s’appelle « Wen Gu » (expression confucéenne signifiant « revivre le passé »), collection d’histoire de la Chine contemporaine (après la Révolution culturelle). Ils éditent aussi une revue illustrée tirée à 12 000 exemplaires.

• BIEF : Les étapes d’édition d’un livre sont-elles similaires à la France ?
• M.-J. d’H. :
Tous les lundis, à 9h00, il y a réunion éditoriale ; l’équipe est jeune et dynamique, les bureaux sont modernes : on s’y sent bien. Chacun s’exprime avec une grande liberté. Chaque éditeur est chargé de gérer les relations et les contrats avec les auteurs, parfois en lien avec des directeurs de collection extérieurs. Les manuscrits sont soumis à trois lectures : celle de l’éditeur, du directeur de collection et du directeur de la maison d’édition. Il faut compter en moyenne 6 mois à 1 an pour qu’un manuscrit soit publié. L’étape de la fabrication est conforme à celle que nous connaissons. Un délai d’une dizaine de jours est nécessaire pour l’impression.

• BIEF : La censure peut-elle intervenir dans les choix éditoriaux ?

• M.-J. d’H. : En tant que filiale d’une maison du Guangxi, c’est la censure de cette province qui contrôle les publications de BBT Consulting. Avant même de publier un livre, il faut soumettre le titre et le synopsis aux diverses autorités (il existe six niveaux de censure). Il faut envoyer aussi le CV de l’auteur. Au bout de 2 à 3 mois, on reçoit l’autorisation préalable de publication. Parfois la censure souhaite voir l’ensemble du manuscrit. Ensuite, des coupures peuvent être demandées, ou bien un changement de titre ; une fois les modifications effectuées, l’autorisation définitive est donnée. Autant dire que pour un catalogue qui traite de l’histoire contemporaine, la censure est une étape incontournable et essentielle. Bien que les éditeurs aient une grande ouverture d’esprit, ils subissent une chape de plomb avec ce système.

• BIEF : Distribution et promotion, deux étapes compliquées en Chine. Pourquoi ?
• M.-J. d’H. :
La loi du prix unique n’est pas en vigueur en Chine. Les prix peuvent donc diverger d’un point de vente à l’autre. La distribution n’est pas fluide et se heurte à deux écueils : le coût du transport des ouvrages dans les différentes provinces et la maîtrise des paiements. En effet, il n’y a pas toujours de relevés des ventes et, surtout, c’est loin d’être systématique. La maison a recours à sept représentants qui, deux fois par an, font des tournées d’une quinzaine de jours auprès des points de vente des provinces de Pékin, Shanghai et dans le Sichuan. Le libraire a 10 mois pour payer ce qui lui a été laissé en dépôt. Le droit de retour existe, mais c’est le fruit d’âpres négociations. De manière générale, le libraire ne peut retourner que 15 à 20 % de sa commande – et au bout de 3 à 9 mois, selon les termes qui ont été négociés avec le représentant. D’où des problèmes de trésorerie qui, ajoutés aux autres, rendent pratiquement impossible l’existence de petits éditeurs indépendants en Chine. Heureusement, il existe des sites chinois comme Amazon.cn ou Tangtang qui sont des librairies en ligne efficaces. Quant à la promotion des titres, elle passe souvent, pour les titres phares des maisons, par de grands événements commerciaux en lien avec la presse.

• BIEF : Des échanges avec l’édition française : qu’en est-il concrètement ?
• M.-J. d’H. :
Les traductions représentent 10 % du catalogue. Elles viennent pour l’essentiel, par ordre décroissant, des États-Unis et de l’Angleterre, du Japon, de la Corée du Sud, de la France et de l’Allemagne. Les éditeurs français avec lesquels ils collaborent le plus sont Le Seuil et La Découverte. En termes de cessions, ils vendent leurs titres essentiellement à des éditeurs de Taïwan, Hong Kong, du Japon, de la Corée du Sud et font des coéditions avec les professionnels taïwanais, notamment lorsqu’ils publient le même auteur. Il y a des relations très directes et fréquentes avec Taïwan, affranchies de tout enjeu politique. La France est un partenaire souhaité mais difficile à approcher. En effet, les éditeurs ont peu d’éléments à leur disposition, les sites sont en français ou en anglais, mais cela n’est pas suffisant pour déceler ce qui est intéressant dans le catalogue. Dans l’autre sens, vendre des titres chinois aux Français, peu de moyen sont mis en place, mais les choses changent peu à peu. Pour la dernière Foire de Francfort, ils ont réalisé un catalogue en anglais et allemand afin de promouvoir leurs best sellers, comme les ouvrages de Chen Danqing, qui a obtenu le Wenjin Book Award (prix de la Bibliothèque nationale de Chine).
 
 
CARTE D’IDENTITÉ DE BBT CONSULTING :
Nombre de salariés : 46 personnes pour la filiale pékinoise, 400 pour la maison mère (à titre indicatif, les Belles Lettres emploient 10 personnes et publient 110 titres environ par an)
Nombre de titres publiés par an : 110 à 115 titres
Tirage moyen : entre 12 000 et 13 000 exemplaires
Prix de vente moyen d’un livre : 28 RMB
Domaines : sciences humaines et sociales (histoire contemporaine essentiellement)
Propos recueillis par Sophie Bertrand  -  janv. 2010

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