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« L’édition en Argentine, ainsi que les acteurs publics ou institutionnels qui interviennent sur ce marché, est particulièrement dynamique. Elle se tient à l’écoute de l’international et des mutations du secteur : émergence de nouveaux intérêts des lecteurs, débats contemporains sur les nouvelles technologies. »
35e Foire internationale de Buenos Aires

La Foire de Buenos Aires, l’une des plus longues et des plus fréquentées (plus d’un
million de visiteurs), a tenu, cette année encore, toutes ses promesses alors que,
dans des conditions économiques difficiles, les organisateurs avaient préparé cette
édition avec crainte. Finalement, le public était bien présent à la Rural, centre des
expositions de la ville, ainsi que les exposants, à l’exception de certaines représentations nationales – celles du Mexique, de la Pologne ou de la Grèce, qui avaient dû renoncer à leur participation.

Le stand français, tenu par la libraire Mil y Una Hojas, a réalisé de bonnes ventes, principalement en jeunesse, littérature et sciences humaines, mais également en art de vivre et livres d’art. Si les ventes de bandes dessinées ont été moindres – notamment du fait du prix élevé des ouvrages par rapport au profil des acheteurs potentiels (essentiellement des étudiants) –, ce secteur éveille néanmoins l’intérêt du public. Le stand israélien était d’ailleurs consacré exclusivement à ce domaine, et un salon sur ce thème a été créé à Buenos Aires, Viñetas sueltas, dont la 2e édition s’est tenue cette année en mai au centre culturel Recoleta (www.vinetas-sueltas.com.ar).

À l’occasion de la Foire du livre de Buenos Aires, l’ambassade de France avait invité cette année l’auteur, et spécialiste de littérature argentine, Michel Lafon, entre autres pour son livre Nous est un autre : enquête sur les duos d'écrivains, traduit en Argentine par les éditions Béatriz Viterbo. Il prenait de plus part, via l’invitation de chercheurs, à un colloque consacré à Roger Callois, organisé par le Centre franco-argentin des hautes ètudes de l’université de Buenos Aires, en marge du salon.

Le 3e Congrès des libraires latino-américains s’est déroulé en préalable de l’ouverture publique du salon. Sont intervenus François Gèze (éditions La Découverte), sur le thème du livre numérique et Jean-Marie Ozanne (librairie Folies d’encre), sur le prix unique du livre. Ce rassemblement a permis une nouvelle fois de relever l’importante disparité entre les librairies de Buenos Aires et
celles de l’« intérieur », qui souffrent des défaillances du système de distribution. Il a également fait une large place, de même que le séminaire des éditeurs qui s’est tenu les 23 et 24 juin, aux problématiques liées aux nouvelles technologies. Plusieurs débats organisés par l’Alliance internationale des éditeurs indépendants, faisant intervenir des éditeurs de plusieurs pays d’Amérique latine (Chili, Colombie, Mexique, etc.), ont par ailleurs insisté sur la complexité – et l’inégalité – des rapports avec l’Espagne.

Le gouvernement de la ville de Buenos Aires disposait par ailleurs, cette année, d’un important stand de présentation de son action en faveur du livre, notamment du programme Opción libro. Dans le cadre de ce programme, une séance de rendez-vous commerciaux entre 60 éditeurs indépendants de Buenos Aires et 20 acheteurs étrangers (libraires et distributeurs latino-américains) a permis à de petites et moyennes maisons de faire connaître leur production et d’augmenter leur visibilité en librairie grâce à de nouvelles commandes. Le gouvernement de la ville édite par ailleurs, chaque année, un annuaire détaillé des éditeurs indépendants, dont la production était présentée sur le stand ; le catalogue 2009 est consultable sur le site http://opcionlibros.blogspot.com. On retrouvera également, prochainement en ligne sur ce même site, un rapport sur les ventes de droits d’auteurs argentins dans d’autres langues, sujet qui n’avait jamais fait l’objet d’une telle analyse auparavant.

À signaler enfin, à l’étude en ce moment au congrès argentin, le projet ambitieux de création de l’Institut national du livre argentin (INLA), qui dépendrait du secrétariat de l’Action culturelle et assurerait la promotion de l’édition argentine au plan national (aides aux éditeurs et aux libraires, prioritairement les libraires indépendants de l’intérieur) et international (appui aux activités d’export et de vente de droits via, notamment, la présence à des foires internationales).

L’édition en Argentine, ainsi que les acteurs publics ou institutionnels qui interviennent sur ce marché, est particulièrement dynamique. Elle se tient à l’écoute de l’international et des mutations du secteur : émergence de nouveaux intérêts des lecteurs, débats contemporains sur les nouvelles technologies.
En cette période de forte évolution du secteur, l’édition française a sûrement sa carte à jouer.
 
 
Le programme Proyecto Sur
Invitée d’honneur à la Foire de Francfort en 2010, l’Argentine recherche logiquement à augmenter la présence de son édition à l’étranger à travers des traductions. Un fonds spécial a donc été alloué, dont la gestion est coordonnée par le ministère des Affaires étrangères, pour des aides à la traduction d’ouvrages argentins en langues étrangères. Toutes les langues sont concernées ainsi que tous les genres (fiction – roman, poésie, jeunesse – non-fiction – documents, essais, ouvrages académiques –, etc.). L’aide maximum accordée est de 3 200 dollars américains, et la demande peut être faite par l’intermédiaire d’un éditeur argentin ou d’un agent. Toutes les informations concernant ce programme sont disponibles sur le site : http://frankfurt2010.gov.ar.
 
 
Maÿlis de Lajugie, éditrice aux éditions J.-C. Lattès, participait à la Semaine des éditeurs étrangers en Argentine
Gabriela Adamo organise tous les ans la Semaine des éditeurs étrangers en Argentine, dans le cadre de la mission plus générale de la fondation TYPA (Teoría Y Práctica de las Artes) de favoriser la création argentine et sa diffusion à l’étranger, via la constitution progressive d’un réseau d’acteurs internationaux. Les informations sur ce fellowship program peuvent être consultées sur le site www.typa.org.ar

• BIEF : Comment avez-vous eu connaissance de la Fondation TYPA et de son activité ?
•Maÿlis de Lajugie :
J’en ai appris l’existence par le biais d’une éditrice argentine rencontrée à la Foire de Francfort. J’ai ensuite envoyé ma candidature pour la Semaine des éditeurs étrangers – organisée depuis 2007 au moment des journées professionnelles de la Foire du livre de Buenos Aires. Ce fellowship s’adresse à des éditeurs susceptibles de traduire des auteurs argentins, pouvant comprendre et s’exprimer en espagnol. Cette année y participaient des éditeurs d’Allemagne, d’Italie, de Grande-Bretagne, de Grèce, d’Israël, du Brésil, des États-Unis et du Canada.

•BIEF : En quoi consiste ce programme ?
•M. d. L. : La fondation TYPA prend en charge un séjour d’une semaine sur place
et organise différentes présentations de la littérature en Argentine et de ses acteurs. On y fait connaissance avec des critiques littéraires, des auteurs, des traducteurs, des éditeurs, soit dans le cadre de petites conférences, soit lors de rencontres plus informelles ou encore de séances de « speed-dating », organisées en fonction de nos souhaits et selon les suggestions des organisateurs du programme.

•BIEF : Qu’avez-vous apprécié, particulièrement, dans ce séjour ?
• M. d. L. :
Les rencontres avec des responsables de petites maisons indépendantes, récemment créées, aussi bien qu’avec ceux de plus grosses structures et plus anciennement implantées. Ce panachage est d’autant plus intéressant que peu d’éditeurs argentins participent aux foires européennes. De plus, les relations avec les éditeurs argentins ne sont pas évidentes : ils envoient peu de propositions et ne mettent pas directement leur production en avant, car ils sont habitués à s’appuyer sur le relais des éditeurs espagnols. C’est ainsi que beaucoup, même parmi les plus importants, ne disposent pas de service de droits
étrangers. Nous sommes donc tenus d’adopter une démarche de prospection active qui peut se heurter à toutes sortes de complications, ne serait-ce que pour identifier le détenteur des droits et entrer en contact avec lui, par exemple. Je pense que je serai maintenant mieux tenue informée des parutions et saurai, en tout cas, mieux à qui m’adresser à l’avenir lorsqu’un titre m’intéresse. Enfin, passer cette semaine en compagnie d’autres éditeurs étrangers permet également de découvrir d’autres pratiques et façons de travailler !

• BIEF : Quelle image avez-vous eue de l’édition argentine et de la production éditoriale en littérature générale ?
•M. d. L. : J’ai été impressionnée par son dynamisme. C’est un milieu qui semble
foisonnant, avec beaucoup d’expériences de création littéraire, l’existence d’une
production « intimiste » très riche, notamment en poésie ou en théâtre, et beaucoup de jeunes et petites maisons dont l’activité semble bien se maintenir. On
trouve également de nombreux jeunes auteurs qui parlent aujourd’hui de leur pays – de la période de la dictature, notamment – de façon très nouvelle, avec, pour résultat, de porter certains thèmes nationaux sur un terrain universel. Je suis revenue avec plusieurs ouvrages à étudier qui correspondent bien à ce que je cherchais pour le catalogue de Lattès.
 
 
Claire Mauguière  -  août 2009

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