Pour cause de Jeux Olympiques, la Foire du livre de Pékin s’était déplacée à Tianjin, ancienne concession européenne (avec ses quartiers français, italien, allemand, anglais et russe). À moins d’une heure de train de Pékin, cette ville, centre industriel et commercial, est réputée pour le nombre impressionnant d’entreprises tournées vers l’international.
C’est au Convention Center que se sont réunis pour cette foire du livre plus de 1 400 exposants venus d’une soixantaine de pays. Parmi eux, la Grèce – qui, en cette année olympique, se devait d’être mise à l’honneur –, l’Espagne, les pays anglo-saxons et la France.
Le grand public était moins présent, cependant beaucoup de Pékinois avaient fait la navette Pékin-Tianjin, grâce au nouveau train direct, et les professionnels chinois étaient bien là. Le stand français n’a pas désempli. Les éditeurs locaux l’appréhendent comme une vitrine de la production française et questionnent sur les tendances du moment. D’autres, plus précis, font des demandes spécifiques en mentionnant des références exactes. Bien souvent, ce sont des francophones, qui peuvent avoir accès aux sites français des éditeurs. Beaucoup déplorent la faible production d’outils promotionnels en langue anglaise ou en chinois, même si les catalogues proposés par le BIEF – cette année un catalogue collectif de bandes dessinées en langue chinoise – et le programme de promotion Fu Lei pallient en partie ces lacunes.
Une délégation française importante avait fait le déplacement : les habitués de ce terrain comme les éditions Larousse, Ballon Média, Hemma et Casterman (par l’intermédiaire de son agent) et des éditeurs qui n’étaient pas venus depuis 2005, année où la France était invitée d’honneur, comme Gallimard Jeunesse, l’association ESF (Éditeurs sans frontières) avec Images en manœuvres, Parenthèses et Adverbum et des nouveaux comme Lieux Dits ou La Lauze et Hachette Jeunesse Image. Ce dernier a conclu trois contrats pendant la foire et est en cours de négociation pour trois autres.
En art de vivre aussi, les échanges se sont révélés dynamiques et concrets. Les éditions Lieux Dits ont été sollicitées pour leur livre sur le couturier français Léonard. Les services culturels de l’ambassade de France, en association avec le BIEF, avaient organisé une journée de séminaire autour des thèmes éditoriaux de « shenghuo » (la vie) : gastronomie, sport, loisirs, tourisme, mode, décoration, bien-être. Faisant écho aux échanges sur ce sujet qui avaient eu lieu en 2005, ce moment a permis de confirmer le constat que les bouleversements sociologiques chinois conduisent à l’émergence d’une nouvelle production éditoriale : la mode et la beauté sont deux catégories qui se développent dans les catalogues des maisons chinoises.
Bref, les éditeurs chinois deviennent de plus en plus des partenaires incontournables : pour l’impression des ouvrages (le sud de la Chine est un vivier d’imprimeurs de bonne qualité), pour la cession des droits (ils sont avides de compléter leur catalogue de productions étrangères) et pour l’export (chiffres constants depuis plusieurs années). Toutefois, la question du piratage est encore présente et les différences linguistiques et culturelles sont parfois difficiles à surmonter. Des thèmes restent inexploitables car réfutés par la censure. On pense naturellement à des questions politiques mais, dans le domaine littéraire, le thriller à l’américaine et les romans « trash » sont difficilement intégrés aux catalogues des éditeurs chinois. Pour mieux collaborer, se rencontrer reste une des meilleures méthodes. En ce sens, la Foire du livre de Pékin est une excellente opportunité.